Comment organiser les transmissions entre médecins, infirmiers et secrétariat
La question revient presque à chaque session : comment éviter que les informations se perdent entre le cabinet, les soins et l'accueil ? Voici les réponses que nous donnons le plus souvent.
Sophie Vandenberghe · · 6 min de lecture
La question que l'on nous pose le plus souvent
Presque chaque groupe d'assistants et de secrétaires médicaux arrive avec la même interrogation, formulée de dix façons différentes : comment faire pour que tout le monde sache la même chose au même moment ? Dans une clinique privée, une journée de soins passe par de nombreuses mains. Le médecin examine, l'infirmier prépare ou réalise un soin, l'accueil enregistre, oriente et rassure. Chacun détient un morceau de l'information, et c'est quand ces morceaux ne se rejoignent pas que les temps morts apparaissent.
En tant que responsable de l'accueil, je vois ces ruptures de très près. Un patient qui attend devant une salle encore occupée, un dossier qui n'est pas arrivé, un examen annoncé à l'un mais pas à l'autre : rien de grave en soi, mais la répétition use l'équipe et les patients. Dans le module consacré à la coordination, nous partons toujours de situations réelles décrites par les participants, jamais d'un schéma idéal.
La bonne nouvelle, c'est que la réponse tient rarement à un outil compliqué. Elle tient à quelques rendez-vous courts, à des mots choisis et à une règle simple : chaque information a un destinataire précis.
Ce qu'une bonne transmission doit contenir
Une transmission utile est brève, mais elle n'est pas vague. Nous insistons sur quatre éléments : qui est concerné, ce qui a changé, ce qui reste à faire et pour quand. Une phrase comme « le patient de dix heures a un souci » ne dit rien. En revanche, « le patient de dix heures arrive avec un examen complémentaire, la salle deux doit être libre dix minutes plus tôt » permet à chacun d'agir sans poser de question.
Nous apprenons aussi à distinguer ce qui doit être dit à voix haute de ce qui peut être écrit. Une urgence, un retard important ou un changement de salle se disent immédiatement, en face à face. Une précision sur un dossier ou un rappel de suivi peut figurer sur un support partagé que tout le monde consulte au même endroit.
Enfin, une transmission se termine par une confirmation. Celui qui reçoit l'information la reformule en quelques mots. Ce petit geste évite bien des malentendus, surtout aux heures chargées.
- Qui est concerné
- Ce qui a changé depuis la dernière information
- Ce qui reste à faire
- Pour quand, à quelle heure ou avant quel rendez-vous
Le point de début de journée
Le moment le plus rentable est le point du matin, avant l'arrivée du premier patient. Il ne dure pas plus de dix à quinze minutes et réunit, selon la taille de la clinique, les personnes présentes ce jour-là : médecins, infirmiers et accueil. On y parcourt le planning rendez-vous par rendez-vous, en s'arrêtant seulement sur ce qui sort de l'ordinaire.
Nous recommandons de rester debout et de garder le planning sous les yeux de tous. Chacun annonce ses contraintes : une absence, une consultation plus longue que d'habitude, un patient qui demandera davantage d'explications. L'accueil, de son côté, signale les personnes déjà prévenues d'un retard ou venues sans leurs documents.
Ce point n'est pas une réunion de plus. S'il s'allonge, c'est le signe qu'il traite trop de sujets : les questions de fond sont renvoyées à un autre moment, le matin sert uniquement à caler la journée.
Les transmissions pendant la journée
Une fois la journée lancée, les échanges se font au fil de l'eau, et c'est là que les temps morts se glissent. Nous conseillons de convenir d'un signal clair pour chaque situation : un message court à l'accueil lorsqu'une salle est libre, un mot au médecin lorsque le patient suivant est prêt, une indication visible lorsqu'un soin dure plus longtemps que prévu.
Il est utile de désigner une personne relais, souvent celle de l'accueil, qui centralise les changements et les redistribue. Cela évite que le médecin soit interrompu par trois personnes différentes pour la même question. Cette personne n'a pas plus d'autorité que les autres, elle a simplement une vue d'ensemble.
Les participants à nos sessions notent souvent que le plus difficile n'est pas de transmettre, mais de transmettre au bon moment : ni trop tôt, quand l'information risque d'être oubliée, ni trop tard, quand elle ne change plus rien.
- Un relais identifié pour les changements de planning
- Un signal convenu quand une salle se libère
- Une information donnée à voix haute pour toute urgence
Les erreurs que nous voyons revenir
Certaines habitudes reviennent d'une clinique à l'autre. La première consiste à tout supposer connu : on pense que l'infirmier sait que le patient est arrivé, alors que personne ne le lui a dit. La deuxième est d'utiliser plusieurs supports pour la même chose, un carnet, des notes volantes et un écran, si bien que personne ne sait lequel fait foi.
La troisième tient au ton. Une transmission pressée, sèche, finit par décourager les questions, et c'est précisément quand on n'ose plus demander que les erreurs s'installent. Nous travaillons donc aussi la manière de formuler : des phrases courtes, polies, qui laissent la place à une précision.
Corriger ces habitudes ne demande pas de tout bouleverser. Choisir un seul support, fixer deux ou trois règles d'échange et les tenir pendant quelques semaines suffit souvent à changer l'ambiance de l'équipe.
- Supposer que l'autre est déjà au courant
- Multiplier les supports sans savoir lequel fait foi
- Transmettre trop tard pour que l'information serve
Par où commencer dans votre structure
Si vous ne deviez retenir qu'une seule démarche, ce serait celle-ci : observez pendant une semaine où l'information se perd. Notez simplement les moments où quelqu'un attend, cherche ou redemande. Vous verrez vite que les ruptures se concentrent sur deux ou trois points, toujours les mêmes.
Choisissez ensuite un seul de ces points et proposez à l'équipe une règle simple pour le traiter. Gardez-la quelques semaines, puis ajustez. C'est la logique que nous suivons dans le module : peu de règles, mais tenues, et révisées avec ceux qui les appliquent.
Cette approche convient aussi bien à une petite structure de quelques personnes qu'à une clinique plus étoffée. Ce qui compte, c'est que chacun sache ce qu'on attend de lui et à qui s'adresser.
La question des transmissions n'a pas de réponse unique, mais elle a une direction : dire peu, dire clairement, dire à la bonne personne. Un point en début de journée, un relais identifié et un seul support partagé règlent déjà une grande partie des temps morts. Le reste se construit avec l'équipe, semaine après semaine, en observant ce qui coince. C'est ce travail concret que nous proposons dans le module de coordination de l'équipe soignante.
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